19 octobre 2010

Le mot de Daniel


le Maître Greffier était absent. Désormais retiré sur ses terres, il est actuellement victime de la raréfaction des diligences combinée à la grève des distributeurs de picotin.
Dans l'impossibilité d'égaler le maître, nous ferons au mieux et sans ambition.
Note pour Rémy : ce mail est bien adressé à ta liste habituelle, mais en CCI.
 
Une fois encore, la séance peut se targuer d'un auditoire nombreux et de qualité, ce qui était inespéré au vu des circonstances décrites ci-dessus. En particulier, saluons le retour du grand Ricou, information qui ne pourra que réjouir ses nombreux admirateurs laissés sans nouvelles depuis trop longtemps.
 
Pour commencer, une mise en bouche du grand Bernhard Horwitz (pour une fois pas Klingant) compositeur d'études très connu qui atteignit le rang de troisième joueur mondial, ce que l'on sait moins. Il perdit un match contre Staunton en essuyant 14 défaites, mais en remportant quand même 7 victoires.
Cours2010101901
B(3): Rh6, Db6, Fd2    N(2): Re4, Df7. Les blancs gagnent.
La suite est quasiment automatique, mais le deuxième coup est précis et ne se différencie de l'autre coup candidat qu'au septième coup.
 
 
 

 

Les saboteurs de la SNCF (secte nantie des cloportes foireux) et de la RATP (ramassis aberrant de tarés putrides) semblaient s'être trompés dans leur calendrier de sinistres besognes, programmant la paralysie, contre toute attente, entre deux cours de Saint-Lazare. Mais c'était les surestimer. Leur malfaisance n'a pas manqué de se manifester aujourd'hui, comme de bien entendu.

Trois aidés, dont un 3# assez coriace, et par contraste un 6# et un 7,5# enfantins. Trouverez-vous évident ou... insoluble le 2# ? Hommage à Andrei Lobussov qui nous a quittés : quatre superbes 3#; dont un cyclique, dédié à titre posthume à l'écrivain Vladimir Nabokov. Lequel ? Enfin un fascinant long problème et un superbe inverse de l'irremplaçable Gamnitzer. Solution de ce dernier sur demande.

Un D+F/D plus simple que ceux de Vandiest. Une magnifique trouvaille lettone avec un "zugzwang" extrême et surtout, cas très rare, sept coups uniques d'affilée pour ne pas perdre ! Enfin un curieux sauvetage du grand spécialiste des forteresses.

Un champion du monde joue bien même quand il joue mal. Plus précisément, même quand il n'est pas dans une forme éblouissante, il joue instinctivement de bons coups mais, se trouvant dans un mauvais jour, il n'est pas à la hauteur des excellents coups qu'il a joués et de la position complexe qu'il a obtenue. Un exemple qui abuse même le vainqueur, et commentateur, de la partie.

Rendez-vous si Dieu le veult dans deux semaines, le 2 novembre.
Bonne régalade.

AV


Nous poursuivons par une étude de Johann's Behting, lui aussi compositeur connu mais également joueur réputé sur l'échiquier à qui nous devons la variante que j'ai pratiquée dans une jeunesse agitée (1.e4 e5 2.Cf3 f5 3.Fc4 fxe4 4.Cxe5 Dg5 5.Cf7 Dxg2 6.Tf1 d5 7.Cxh8 Cf6). Une autre époque, de telles choses ne seraient plus permises aujourd'hui sans se faire admonester.
Cours2010101902
B(3): Rf3 Fh4, Pf2.    N(4): Rd5 Pc6,d3,f4. Gain blanc.
Pour apprendre ce qu'est le zugzwang. Si vous croyez trouver une solution avec quelques ZZ, alors creusez et trouvez en au moins le double et vous approcherez de la compréhention profonde de la position. 
 
Pour terminer les échauffements, une étude de Simkhovich qui n'est en fait pas très difficile mais qui présente quelques fausses pistes dont les réfutations sont intéressantes et une solution dont le dernier coup est très plaisant. L'idée vient plus facilement lorsqu'on remarque la présence des pions B, en particulier le Pg2. Mais à moins d'être un génie, il faut d'abord avancer dans la solution.
Cours2010101903
B(7): Rb2, Td2,f6, Fc3, Pe2,f2,g2.    N(7): Re4, Dg1, Te8,f8, Pd6,d5,h2.    7à7, donc nulle.
 
Pour teminer la séance officielle, une partie qui suscita un grand intérêt théorique dans l'assistance très affutée sur le début (enfin, pas moi, bien sûr).
1:d4 Cf6; 2:c4 g6; 3:Cc3 d5; 4:cd Cd5; 5:e4 Cc3; 6;bc Fg7; 7:Fc4 c5; 8:Ce2 0-0; 9:0-0 Cc6; 10:Fe3 cd; 11:cd Fg4; 12:f3 Ca5 Là, un choix responsable est à faire. Beliavsky qui a les N et qui commente, dit que 13:Fxf7! Txf7; 14:fxg4 Txf1 15:Rxf1 sera joué 12 ans plus tard à Séville entre Karpov et Kasparov, ce qui a fortement été critiqué dans l'assemblée (et je suppose à juste titre) arguant que à Séville les P"c" n'avaient pas été échangés. Une autre possibilité est ici 13:Fd3 Fe6; 14:d5 Fxa1; 15:Dxa1 comme Topalov le fit à Shirov et qui, toujours d'après les experts présents, est décisif pour les B. Sans savoir, je suis pour (par principe).
Spassky n'étant pas n'importe qui, il se devait de faire preuve de créativité ... ce qu'il fit six coups plus tard.
13:Fd5 Fd7. A nouveau un coup responsable. Ici, Kortchnoi joua 13:...Fc8, ce qui paraît très logique puisqu'il faut bien envisager la réponse 14:Tb1 et qu'ainsi le Pb7 étant défendu les N peuvent exécuter leur idée de s'emparer du F des B par e6.
14:Tb1. Quelle est donc l'idée des N ? sachant que Tb8 comme Fc6 seraient mauvais ?
Réponse : s'emparer du Fd5, puis jouer Fb5 et s'en prendre à d4. 14:..a6; 15:Fxb7 Ta7!; 16:Fd5 Fb5 (e6 de suite semble plus précis) 17:a4 Fe2; 18:De2 e6. Les B peuvent rester avec un léger avantage après 19:Fc4 Fd4; 20:Tfd1 Fe3; 21:De3 Td7; 22:Fe2 Te1; 23:Te1 Dc8.
Mais là, Spassky (à qui vont tous nos voeux de rétablissement) fit preuve d'une belle céativité. 19:Fxe6. Notons que a priori, la suite n'est pas forcément impressionnante, et je l'ai même suggérée au vu de 19:..fxe; 20:d5 attaquant la Ta7 suivi de Fb6 attaquant la D et le Ca5. Je ne dirai pas "la différence entre Spassky et moi ...", mais UNE différence entre Spassky et moi, c'est que je n'avais pas vu en proposant Fxe6 que la D pouvait défendre le Ca5 par une menace d'échec en c5 alors que lui l'avait vu.
19:..fxe6; 20:d5 Ta8 (20:..Tb7 21:Tb7 Cb7; 22:Da6) 21:Fb6 Dd6; 22:Tfc1 Tab8; 23:Df2 (23:De3? Fh6! ou 23:Dxa6? Fd4! et Fxb6) 23:..Txb6 24:Txb6 Da3 25:Tcb1 Dd3; 26:T6b4 Fc3! Les B se seraient-ils fait mystifier ou disposent-ils d'un coup ? 27:Db6! Fxb4?! (27:..exd5 d'après le montre électro) 28:Txb4 Cc4 29:De6 Rh8; 30:h4 De3; 31:Rh2 Df4 32:Rh3 Ce3. Là encore la position est critique et il faut jouer très précisément pour se sauver. Faisons un point rapide.  Les N menacent 33:...Cf1 après quoi le mat sera inéluctable et 33:...Cxg2 avec à peu près la même issue. Quels sont les coups candidats ? Spassky a vu les deux, mais en a rejeté un (le bon) qui lui a semblé conduire à une position désespérée car il n'a pas eu le temps de voir la pointe salvatrice.
Les B ont joué 33:g3? et perdirent après 20 coups de finale (qui ne furent pas examinés en séance). 
Ce qu'il fallait jouer : 33:Tb1! Cxg2; 34:Dg4 ! (et non pas Rxg2 qui perd de justesse et de jolie façon).
A suivi alors une analyse du Maître de plus de 20 coups qui était tout à fait convaincante mais dans la notation de laquelle je me suis entroupé. 
 
Et maintenant, le compte rendu complet du Maître étant arrivé dans ma boîte, le voici avec sa pièce jointe électronique.
 

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