15 janvier 2013

faux bond 2 (le non-retour)

 


 

le mot de Daniel


L'objet (que je reprends) est de la patte du Greffier Officiel lui-même et vous en aurez reconnu l'esprit.
 
Je passe au compte rendu plus classique que celui de la semaine dernière, mon beau-frère ne m'ayant pas invité cette fois à partager un grand flacon de Saint Julien. Il faut bien avouer qu'une bouteille de nectar à plus de 100€, ce n'est ni dans nos habitudes ni dans nos moyens. Qu'importe ! le Médoc (et les autres régions d'ailleurs) regorgent de trésors.
 
Tristes nouvelles, donc, que les défections cumulées de Grégory et de Rémy. Défections dont j'étais tenu dans l'ignorance puisque absent toute la journée de mon domicile et de la lecture de ma boîte mail pour cause de Mémoriel B Vallée.
 J'étais donc à nouveau sous la menace de me retrouver seul auditeur quand Antoni arriva et, cerise inespérée sur le gâteau virtuel, il était même accompagné d'un sien collègue qui devient du même coup nouvelle recrue du club et de l'équipe potentielle d''île de France cheminote. J'ai oublié de lui demander son nom et ses coordonnées afin de le mettre dans la liste de diffusion. Qu'il m'en excuse et je compte sur Antoni pour me communiquer ces informations et lui transmettre ce compte rendu.
 
Comme c'était de surcroît la St Rémi (et je suppose aussi la St Rémy) j'avais préparé mon accueil du Greffier en Chef au cri de "Courbe la tête, fier Sicambre, abaisse humblement ton cou. Adore ce que tu as brûlé et brûle ce que tu as adoré !" J'en fus hélas pour mes frais de ma révision du baptême de Clovis. Bien fait, ça m'apprendra à vouloir frimer.
 
Un mot rapide sur le tournoi B Vallée qui s'est tenu face à la gare de Lyon (mais quand même à Paris). Son déroulement en pleine semaine fit que l'assistance était réduite à 12 participants mais que le tournoi fut très convivial, le Comité Ile de France (organisateur) allant jusqu'à offrir le repas (ma foi fort bon) sur place à la cantine. Merci à lui pour cette attention et pour l'organisation.
 

Le mot du patron


Repos pour Daniel. Seulement deux aidés, un classique exhumé d'un grand compositeur décédé récemment et un aidé 5# à mats modèles. Un léger tuyau : il y a 3 solutions mais seulement deux mats différents.
 
Notre premier 3# fut commenté en ces termes par le champion du monde de la spécialité R. Matthews : "A montrer à un joueur comme exemple de composition moderne de haut niveau, et pourtant aisément compréhensible". Ne lésinez pas sur le matériel. Le second est moins ambitieux mais pourtant d'une grande finesse. Enfin deux 5# aussi différents l'un de l'autre qu'il est possible. Le second ne devrait faire souffrir personne. Le plus économique demande davantage de réflexion, mais on le résout par élimination...
 
Une finale de Tours qu'on croirait extraite du tournoi du coin. La profondeur en sus. Rappelle une fable de la Fontaine, un film avec Demi Moore, un autre avec Robert Mitchum... et aussi une étude qui avait fait sécher Youssoupov. Notons qu'une finale de pions ci-incluse est bien gagnante pour les Noirs, mais en poussant le pion "h", non le pion"a" !
 
La forme définitive des rattrapages grigoriéviens d'un Cavalier déchaîné ? 
 
Un coup de Roi au centre, en pleine ouverture, par un ex-champion du monde ? Pourquoi pas ? Sans doute une idée de son "esclave" Igor Zaitsev. Idée qui n'est toujours pas démodée. La partie aurait pourtant pu ne jamais entrer dans l'Histoire, la fin étant quelque peu cahotique... Notons que le 11e coup "de génie" fut proposé instantanément par Daniel, qui ne se rappelle pas avoir jamais vu cette partie. Et de nombreux coups excellents furent indiqués par l'assistance, modeste en nombre mais non en qualité.
 
Rendez-vous dans deux semaines le mardi 29 janvier. Que Dieu vous garde.
 
Régalez-vous bien.
AV


Le sympathique G Grimbert était indiscutablement le plus fort joueur présent, il en profita donc pour me battre et remporter ce tournoi.
Avant de nous quitter, il me posa un mat en 3 coups que je charchai sitôt arrivé au club, en attendant l'arrivée du Maître.
Il s'agit en fait d'un jumeau : les B jouent et jont mat en 3 coups. Puis même énoncé, mais en décalant toutes les pièces d'une colonne vers la gauche.
Je conseille vivement aux lecteurs de chercher ces problèmes, ils ne le regretteront pas après avoir trouvé les solutions pas si difficiles puisque je les ai trouvées en moins de 30'. 
 Cours2013011501            Cours2013011502
 
 
Pour l'anecdote : quand Alain est arrivé et qu'il a vu cette position sur l'échiquier posé devant moi, il a aussitôt cité la solution et les auteurs !
 
Passons maintenant au cours.
Tout d'abord le devoir à la maison donné lors du cours précédent.
 Cours2013011503
 
Je l'ai cherché, mais constatant que 1:Rg7 b5; 2:Rxg6 b4; 3:Cf6 b3; 4:Cd5 b2; 5:Cc3 perd d'une part parceque cette position R+P/C gagne et d'autre part parceque le Rg6 est très mal placé, une façon astucieuse d'intervenir plus rapidement avec la C en ne perdant qu'un temps de R est :
1:Cg5 b5; 2:Rg7 b4; 3:Ce4 b3 4:Cc4! b2; 5:Cd3+ et nulle. Hélas, là aussi les N gagnent car ils disposent d'une meilleure suite au 3eme coup.
On peut donc penser que c'est trop difficile et laisser tomber.
Connaissant la solution, je vous le déconseille absolument !!!
Sachant ce qui précède, j'affirme que la solution est trouvable (quand on sait qu'elle existe et que ce n'est ni Rg7 ni Cg5).
Dire que c'est trouvable signifie évidemment qu'on ne peut se lancer dans des arbres infinis de variantes. Il faut se montrer très "forçant". Ce qui est formidable, c'est que lorsqu'on a trouvé, on a du coup compris l'essentiel dans la lutte C contre P.
 
Nous n'avons ensuite étudié qu'une étude, mais cela s'explique par le fait que pour vraiment la comprendre, il était nécessaire de creuser de nombreuses variantes.
 
 Cours2013011504
Les B jouent et font nulle.
 
Comme je l'ai dit, regarder directement la solution procure un cartain plaisir mais n'apporte pas grand chose. Pour comprendre cette étude, il faut éclaircir 1:Txh7 et 1:exf4 (sur quoi Txf4? 2:Txa7! ferait nulle). Dans ce genre de positions (tout comme en finale dans une partie), la culture joue un rôle essentiel en ce sens que pour choisir un plan ou un coup, il faut évaluer correctement les différents plans ou coups candidats. Et pour cela, il faut pousser les analyses jusqu'à ce qu'on rencontre des positions que l'on sache juger sans erreur. Plus la culture est solide, plus cet horizon de calcul est proche et ça fait toute la différence.
 
Deux exercices "à faire à la maison".
1er : trouver le gain B (le plus rapide)
2eme : Les B font nulle.
 Cours2013011505                Cours2013011508
 
 
La partie du jour entre deux K, mais où Kasparov n'intervient que comme objet de préparation.
Kamsky - Karpov (1993, la date ayant son importance pour l'aspect théorique).

1.e4 c6 2.d4 d5 3.Cd2 dxe4 4.Cxe4 Cd7 5.Cg5 Cgf6 6.Fd3 e6 7.C1f3 Fd6 [Karpov dit que sont possibles Fe7, Dc7 et h6. C'est donc qu'il considère que 7...h6 8.Cxe6 n'est pas à craindre. Pourtant Deep Blue montra contre Kasparov en 1997 que c'était gagnant.

8.De2 h6 9.Ce4 [ Karpov dit que 9.Cxe6 est inoffensif, ce qui est faux même si ce n'est pas forcément gagnant]

9...Cxe4 10.Dxe4 Cf6 11.Dh4 Re7!! Une nouveauté théorique que Karpov dit avoir préparée en vue de son match contre Kasparov. D'une part, ce coup menace de gagner une pièce par g5-g4, d'autre part il semble que ce soit le seul coup sérieux, les autres étant mauvais. [Par exemple 11...0–0? 12.Fxh6 gxh6 13.Dxh6 +- car 13..Te8? est réfuté par 14.Cg5 qui est un coup bien plus fort quand la T n'est plus en f8. D'où la suite évidente (lorsqu'on a tout compris) 13...c5 14.g4! Te8 15.Cg5!+-]

12.Ce5! (le seul coup) 12...Fxe5 13.dxe5 Da5+ 14.c3 Dxe5+ 15.Fe3 b6 16.0–0–0 g5!?

 Cours2013011507

 

 [Un coup que je ne peux pas me résoudre à valider. L'affaiblissement durable des cases N me semble inacceptable. Évidemment, je conviens que ce genre de considération est totalement évident pour Karpov et que si il a joué ce coup ici en dépit des principes de sécurité du R, c'est en s'appuyant sur un calcul très précis et en ayant prévu des suites luttant contre le contrôle B des cases noires.

Il n'empêche que si je conçois que ce coup soit bon au niveau de Karpov, je reste persuadé que ce serait une grosse erreur à un niveau 2000-2200 avec un bon joueur tactique côté B].

17.Da4 c5 18.The1 Fd7 19.Da3 Thd8 20.g3 Dc7 21.Fd4 Fe8 22.Rb1 Td5 23.f4 Tad8

24.Fc2 T5d6 25.Fxf6+ Rxf6 26.fxg5+ hxg5 27.Txd6 Txd6 28.c4 Re7 29.De3 f6 30.h4! Les B proposèrent nulle, et contrairement à ce que dit Karpov, il n'y a pas d'avantage N, l'avancée d'un pion h contre deux pions liés "e" et "f" étant insuffisante en finale de T mais étant suffisante en finale de F.

30...gxh4 31.gxh4 Dd7 32.Dh6 e5 33.h5? [33.Tg1!] 33:..Dg4! [empêche le plan Dg7+ suivi de h6]

34.Dh7+ Rd8? 35.h6! Td2 36.Df5? [36.Dxa7!] 36...Dxf5 37.Fxf5 Fd7? [37...Th2! assurait encore la nulle] 38.Fg6? [38.Rc1! Td4 39.Fe4! +-] 38...Th2 39.h7 Re7 et maintenant c'est perdu, les coups n'ont plus tellement d'importance, nous avons accéléré et j'ai cessé de noter.. 0–1

 

Je joins maintenant le compte rendu du Maître, toujours aussi prompt.

En espérant que la prochaine séance (DU 29 JANVIER) n'infligera pas au Maître Greffier un nouveau faux bon (de sortie).

Voici comme à l'accoutumée les précisions et corrections du Maître. Qu'il en soit remarcié.
En effet la position du second "exercice à la mison" était erronée.
La voici corrigée (j'espère).
Les B font nulle.
Cours2013011508
 
et j'ai également oublié de mentionner le problème féerique qui, respectant en cela la tradition, fut cherché à table (même si ce fut le seul, mais l'absence de Rémy affaiblissait l'assistance qui peina).
Cours2013011509 et jumeau Cours2013011510
le jumeau est obtenu en déplaçant le Cb5 en g3.
Aidés 2 coups. Madrasi + Circé Couscous.
 
Aidé : les N commencent et aident les B à les mater.
Madrasi : deux pièces adverses de même nature qui s'observent se paralysent mutuellement. (par exemple, l'échec Dd6+ pourrait être paré par Dg6 paralysant la DB, les N ne faisant d'ailleurs pas échec eux-mêmes puisque leur D g6 paralysante est elle-même paralysée. Cela paraît compliqué, mais c'est simple).
Circé Couscous : lors d'une prise, la pièce prise renaît sur la case d'origine de le pièce prenante (si cette case est libre, sinon elle disparaît). Par exemple, le coup DxTb1 est illégal car la Tb1 renaîtrait sur la case d'origine de la D c.a.d. en d1 et ferait donc échec.
 
Nous avons eu du mal à comprendre la solution car nous avons (à tort) bloqué sur un point de réglement.
Voici la solution du premier problème avec quelques explications. Je laisserai le lecteur chercher le jumeau.
1:De8-h8 (les N commencent !) f2-f3
2:Fh1xf3 le Pf3 renaît donc sur la case d'origine du F, c'est à dire en c8, et comme c'est en 8eme, il promeut en la pièce de son choix, soit une D. Le coup Fxh3 fait donc apparaître une DB en c8.
Ce à quoi les B répondent par Dd3-f5 mat.
Question : pourquoi la clé Dh8 ?
Réponse : si la case e8 était occupée, les N répondraient RxDf5, cette D ne pourrait pas renaître et disparaîtrait, et la Df8 ne ferait pas échec car elle serait paralysée par la DN.
Question : mais alors, pourquoi 1:De8-e7 ne fonctionne-t-il aussi ?
Réponse : parce que dans la position finale, les N répondraient simplement De6 ou Df6 parant l'échec par paralysie.
Dernière question : pourquoi les N ne peuvent-ils pas jouer RxFf5 dans la position finale ?
Réponse très plaisante : dans la position finale, les D c8 et h8 se paralysent bien, mais Rxf5 ferait renaître la D en e8 et ceci aurait pour effet de déparalyser la Df8 qui désormais serait donc libre de prendre le Rf5.
 
Le jumeau est du même type, avec changement de couleurs de cases.
 
La suite n'a d'éventuel intérêt que pour les personnes qui voudraient chercher le jumeau et qui sont peu familières avec les règles féeriques. Pour d'éventuels lecteurs répondant à ces critères, j'essaie d'expliquer les faux problèmes que nous nous sommes posés en raison de notre méconnaissance des règles et en espérant que cela pourra les aider. 
D'où venait la difficulté rencontrée à table ?
Nous nous sommes dits : pourquoi dans la position finale Rd4 (ou Rd6) est-il interdit ? La vraie réponse est que tout simplement la C contrôle la case, mais nous avons crû que pour que le R soit vraiment en échec en d4, il fallait que le C puisse le prendre définitivement, c'est à dire sans que le R puisse renaître sur la case b1 d'origine du C. Et cette idée était confortée par la pensée que la Tb1 ne pouvait servir qu'à cela (empêcher la renaissance). Et nous ne comprenions plus dans ce cas pourquoi dans la position finale le R était mat puisque la case (d1) d'origine de la D était libre.
 
En fait, tout cela n'avait aucun sens, car la justification de l'existence de la Tb1 est plus prosaïquement d'éviter des démolitions en jouant le Fc1 dans le jumeau car alors ce coup ferait échec au RB.
 
 
 

poils


Une petite précision. En voyant sur la table le premier 3# (avec RBg6) votre maître-bidon a tout de suite affirmé qu'il connaissait ce problème. Mais c'est seulement quand Daniel lui a parlé du jumeau (avec RBf6) qu'il a alors indiqué les deux auteurs (Jokisch et Laws), le livre d'où ils sont extraits ("Classic chess problems" de K. Howard) et la clé du second. Puis nous sommes passés à autre chose. Il n'a retrouvé la clé du premier que rentré chez lui, au bout d'une minute trente. Ajoutons une erreur historique : il croyait se souvenir qu'ils avaient été composés indépendamment (cela arrive parfois, sans le moindre plagiat) ce qui est faux ; le second fut composé après le premier, en connaissance de cause et en citant la source. Cet Anglais-ci, du XIXe siècle, était fair-play.
 
Cela posé, le greffier par intérim a fait de nouveau du très bon travail. Notons qu'il est, quoique retraité, c'est-à-dire renaissant, de belle stature et droit comme un "i" (un seul, et sans "z"), de sorte que le greffier titulaire n'eût pu lui répondre "Cambre la tête, fier si courbe".
 
Dans l'étude de Becker, 1 exf4? Txf4? 2 Txh7! est meilleur que 2 Txa7? Th4!.
 
Dans le 2e devoir à la maison, il y a en outre un pion noir c6.
 
Je ne crois pas que les Noirs soient gagnants après le 39e coup mais je dois plaider coupable : je n'en ai pas parlé au cours (le manque de temps, toujours...). Il y a encore des fautes réciproques et les Noirs ne sont gagnants qu'au 41e coup.
 
Le greffier par intérim n'a pas parlé de l'unique féerique vu au restaurant mais ce n'est pas essentiel.
 
Amusez-vous bien.
AV

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