27 mars 2012

Le compte-rendu de Daniel


Bonjour,
la séance a une fois de plus tourné au cours privé et se terminera, c'est à craindre, en cours privé d'auditeurs.
Ne suivant pas le feuilleton diffusé actuellement sur France 3, je ne peux vous donner de nouvelles des piliers de la terre, mais je peux vous dire que les piliers du plus ancien cours d'échecs de France vacillent.
Heureusement, à chaque fois un petit miracle se produit, évitant d'extrême justesse que l'auditoire ne soir réduit à un seul écouteur.
Ainsi, en l'absence du Greffier attitré et pilier du cours depuis toujours, je priai Caïssa pour qu'apparût Gregory comme il l'avait fait lors du cours précédent et qu'à nous deux nous puissions progresser dans l'élucidation des merveilles préparées par le Maître.
Hélas, je dus attaquer la première étude sans secours en n'avais plus comme ambition que d'en éclaircir l'essentiel avant l'heure limite du repas.
 
Soyez rassurés pour cette fois, le miracle eut lieu, et le cours put se dérouler en entier grâce au retour inespéré du grand Guy.
 
Etant moins bien outillé que le titulaire du poste, il n'y a pas de diagramme dans le texte. J'en suis désolé.
 
 

Figurez-vous qu'une fois encore, j'ai la curieuse impression d'être en accord avec un juge. Est-ce l'âge ? Mais cette fois c'est le grand Abdurahmanović en personne. Les deux premiers prix qu'il donne (dont le premier à un Français) ont déjà été inclus dans le compte rendu, ainsi qu'une mention (un aidé 10# de notre Guy). Aucun autre ne l'a été. Nous redonnons ces trois problèmes.
 
Deux autres aidés, un 2# de Monsieur le Comte, un 3# spirituel, et 4 problèmes inverses, dont deux de série, expliqués pour les paresseux.  
 
Une étude profonde où se prépare une jolie conclusion avec Dame et Cavalier contre Dame.
Pats écho en finale de Dames, mais il faut être précis dès le premier coup. Le commentateur anglais réussit l'exploit d'oublier la variante principale, qui motive la clé.
 
Un affrontement très tendu d'un candidat au titre (vous devinerez lequel) contre un détenteur du même titre, qui précisément en rappelle un autre ayant les mêmes caractéristiques, déjà montré au cercle.
 
Rendez-vous si Dieu le veult dans un mois, le 24 avril.
Bonne régalade. 

Une étude de gain de Tkachento, pour commencer.
B(5) Ra4, Da6, Te2, Cb7, Pc2
N(5) Rg5, Dc1, Te3, Pa2,d4.
Une position très intéressante à chercher, à condition d'être accompagné par le Maître,  car on peut assez vite s'égarer.
Tout d'abord, il faut trouver les 4 premiers coups que l'on détermine vite comme forcés, et ne pas croire (comme moi !) que les B font mat en 2 ou 3 coups car les N ont le droit de se défendre !
Ensuite, c'est trouvable certes, mais pas évident car la finale D+C/D ne ressemble pas tellement à celles déjà vues.
On peut dire que cette étude est très intéressante car à la différence de certaines études de compositeurs atteints d'agueusie, ici l'avant plan a un intérêt propre et n'est pas juste un rallongement lourd et inélégant.
 
Suit une étude de nulle de Becker & Akobia qui, si ils produisent parfois des oeuvres difficiles à comprendre, peuvent aussi nous régaler de véritables chefs d'oeuvres.
B(5) Re1, Dg1, Te7, Tg6, Pc6.
N(6) Rh8, Df3, Pd3,e2,f4, g3.
Pour aider le lecteur qui voudrait chercher, il faut commencer par trouver une façon durable de parer les différentes menaces de mat. Cela va coûter assez cher.
Le lecteur ne doit pas se préoccuper de la question "pourquoi les 1er et 3eme coups ne pourraient-ils pas être intervertis", il doit trouver le meilleur 3eme coup noir, voir pourquoi les 4èmes coups B et N sont forcés, et atteindre le 6è coup B. La suite présente deux pats en écho mais les détails de la nulle restent une histoire de tablebases.
 
Après ces introductions assez complexes, la partie du jour tirée du match de quart de finale des Candidats en 1994.
Le joueur des N, bien qu'âgé de 19 ans, était déjà dans les 5 meilleurs joueurs classés au monde.
La vérité de la position étant donnée dans le compte rendu électronique du Maître, je fais le choix de fournir des commentaires plus faibles qui reflètent les interrogations que l'assistance a pu avoir pendant le cours (Ah, le direct !).
 
1:c4 c5; 2:Cf3 Cc6 3:Cc3 Cf6 4:e3 e6 5:d4 d5 6:a3 a6 7:b3 cxd
(à l'époque ils faisaient ce qu'ils voulaient, mais désormais en ces temps troublés je recommande plutôt ce coup à b6 car si vous jouez 7:..b6 et que la partie est nulle assez vite vous vous exposez au risque de la double bulle...)
8:exd Fe7 9:c5 b6! 10:cxb (les B ne sont pas encore en position de jouer le tentant 10:b4 bxc 11:bxc Ce4!)
10:..Cd7 11:Fd3 a5 Les N semblent avoir réglé la phase de l'ouverture : ils sont prêts à jouer Fa6 et à répondre à Ca4 par Cxb6. Les B décident donc de rentrer dans des complications pour profiter du temporaire embouteillage des pièces N à l'aile D.
12:Cb5! Db6 13:Ff4 o-o 14:o-o! (et non pas le tentant mais prématuré 14:Tc1 Fa6 15:Cc7 Fxa3! profitant que le R est encore en e1 16:Ca8 Ta8 17:Tb1 Fb4+ 16:Rf1 Cd4!)
14:..Ca7 demandant au C si il veut vraiment s'aventurer 15:Cc7 Tb8 désormais, les B doivent sans cesse calculer les coups comme Tb7 ou surtout e5.
16:b4. Une variante qui conduira probablement à la perte d'un pion mais qui requiert un traitement d'autant plus précis des N que l'activité des B se trouve encore accrue.
J'ai envisagé ici 16:Ce5 avec l'idée 16:..Dxc7 17:Fxh7 Rxh7 18:Cg6! (et non pas 18:Dh5? Rg8 19:Cg6 hxg attaquant la D) mais 16:..Dxf4 pare le mat et les N obtiennent 3 pièces pour la D. La suite de la partie semble donc plus sérieuse. Je pense que si le Maître Greffier avait été présent, nous aurions certainement creusé cette attaque avec le coup préparatoire Tc1 par exemple mais son génie tactique faisait défaut.
16:.. Fb7. Sur 16:..axb 17:axb Fxb4? 18:Dc2! avec les menaces h7, Tb1 et Ca6.
17:bxa pour éloigner la D de e6. Dxa5 18:De2 e5 19:Fxe5 ?! c'est curieux que les B ratent 19:Cxe5! Dxc7 20:Tc1!! Dd6 21:Cxd7 Dxd7 22:Tc7 +- mais ça se comprend car en temps limité, on a tendance à analyser Cxe5 Dxc7 Fxh7 et on peut rater la force extrême du coup Tc1 et sa suite presque prosaïque.
19:..Cxe5 20:Dxe5 Cc6 21:Df4 Tbc8 22:Cb5 Fa6 23:a4 Cb4 24:Ff5 Tcd8 25:Tfe1 Ff6 26:Ce5 Fe5 27:dxe Fb5 Les B expliquent que en crise de temps, ils choisissent de rendre le pion pour avoir une position plus active et donc plus facile à jouer en zeitnot.
28:axb Db5 29:Ta3 Dc4 30:Fh7 Rh7 31:Df5 Rg8 (sur g6 gagnait immédiatement Th3 puis Df6) 32:Th3 Tfe8 33:Dh7 Rf8 34:Dh8 Re7 35:Dg7 d4?! Il apparaît que les N pouvaient se sauver par 35:.. Df4! entre autres grâce à la variante 36:Tf3? Df3!! ou 36:e6 Rd6! mais en crise de temps, des choix pareils c'est pas humain.
36:e6 Rd6 37:e7 Td7! (attention : sur 37:..Txe7 les B ont un coup gagnant unique) 38:De5 Rc6 39:Th6 Rb7 40:Da5 Tdxe7  et là encore il n'y a qu'un seul gain (!) qui curieusement me semble pas si évident que ça. Je laisse au lecteur le soin de trouver les deux coups qui conclurent la partie.
 
 


moustache de greffier

Dans l'étude de Becker & Akobia, le PN est en e3, non e2. Et la bonne question est "pourquoi les 1er et 2eme coups ne pourraient-ils pas être intervertis". 
Dans la partie du jour, 37...Td7 ne mérite ni le "!" du maître-greffier par interim, ni le "?" octroyé par Gelfand, mais probablement un ?!, car 37...Tc8 pose davantage de problèmes. 
Pas d'autre erreur, semble-t-il. Merci à Daniel pour ses nombreuses pertinentes remarques. 

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