Championnat du Monde 2008 - Jurmala

le compte-rendu de Pessoa


Ici, à Jurmala, il fait beau mais frais.


A propos de l'open, je dirais juste qu'un certain Charpentier nous aura fait bien du mal avec son (...) d'aidé en trois coups !

 

 

J'avoue ma faute Jusqu'ici, pas de victoire pour nos amis français et roumains. A noter tout de même une respectable 14ème place de Vlaicu CRISAN.

L'open a été gagné par l'allemand Boris TUMMES, suivi du russe Georgy EVSEEV et du grec Kostas PRENTOS.


Les choses très sérieuses dès demain avec le Championnat du monde de résolution.

 


En direct de Jurmala (2) La bar de l'hôtel me dispense son réseau Wi-fi et de la bière, je peux donc écrire à l'aise pendant que ceux qui en sont capables composent.

Curieusement, j'ai en face de moi un écran géant qui diffuse MCM en français. Je découvre donc ce fameux Tokio Hotel qui plaît aux jeunes. Soit.


Je vous fais un petit résumé de ma matinée. Petit-déjeuner roboratif (la base du petit-déjeuner letton est le concombre, c'est dans ce genre de détails qu'on trouve le dépaysement qui fait le charme des voyages), puis je me rends dans la salle du championnat. Mon équipe de France est au complet (je dis "mon" parce qu'à titre de bizutage, j'ai été élu capitaine, et vous pensez qu'ils m'aurait filé un brassard ? Même pas !).

On commence par l'épreuve de sprint : trois deux-coups en vingt minutes. Un peu de calcul, un peu d'intuition et hop, voilà le premier. Le suivant est un peu plus coriace mais ça va encore. Quant au troisième (le n°2 d'ailleurs, je ne résous jamais dans l'ordre, c'est un principe), il y a tellement de coups candidats, c'est vraiment pénible à calculer. Au gong, j'inscris la solution la plus plausible. Bonne pioche ! Et hop, trois bonnes réponses, ça ne pouvait mieux commencer.

Alain et Michel font également 100 %, la France est en tête à ce moment du match !


Ronde suivante, le demi-fond : trois trois-coups en une heure. Besogneux, je fignole les variantes sur les deux plus faciles mais je cale sur celui qui reste. Pas de problème, je tente le bluff une fois encore, mais il ne faut pas se moquer du monde : cette fois c'est loupé. Dix points sur quinze toutefois, ce n'est pas si mal. Alain se montre brillant une fois de plus mais Michel manque aussi une marche (le même problème que moi, un coriace !)


Enfin, l'épreuve de fond : trois études, une heure quarante. Il va falloir analyser pour de vrai cette fois, et pas se contenter de parier sur le coup-clé le plus esthétique !

Caïssa qui passait par là (elle revenait de la plage, nous sommes dans l'équivalent soviétique de la riviera) pose alors son doigt sur moi, qu'ai-je fait pour mériter cet honneur ? J'ai le don de lucidité pendant une demi-heure : la première étude me paraît facile, la seconde évidente, la troisième une plaisante bagatelle. Incrédule, je vérifie les coups inscrits, c'est beau, je n'ai rien à ajouter, je quitte la salle comme un prince au bout de trois quarts d'heure. Puis pendant une heure je m'inquiète en attendant les solutions, ce n'est pas normal, des cadors réfléchissent encore, j'ai loupé les bonnes défenses... Pourtant tout est parfait !

Alain trouve aussi les trois études, Michel cale sur une (invraisemblablement, j'ai donc fait mieux que lui).


Un petit peu de réconfort bien mérité, sauna, piscine et voilà les résultats. La France occupe une solide 7ème place, pas très loin des meilleurs, tout est encore possible. Alain est 12è et moi 17è, on peut être satisfaits de nos prestations. Michel, notre buteur, est en retrait, mais je sais que demain sera son jour. Cette année, il faudra compter avec la France !


Ma bière touche à sa fin : je vous envoie mes bons baisers de Lettonie et vous dis à demain.

 



Votre envoyé spécial à Jurmala, Pessoa

En direct de Jurmala (2) Après la première journées (2 coups, 3 coups, études), l'équipe de France se classe septième, performance tout à fait honorable puisque nous devançons Israël et la Finlande, pas les premiers venus donc. L'Allemagne est en tête avec un sans faute jusqu'à présent.


A titre individuel, Alain Villeneuve brille : 12ème à mi-parcours. Et votre serviteur est très fier d'être 17ème ! Michel, un peu distrait sur une étude romantique de Nestorescu, est en retrait, mais demain est un autre jour.

A noter qu'il y a encore 5 joueurs à 100% des points, parmi lesquels Nunn est le plus rapide.


A dire vrai, les écarts ne sont pas encore faits, tout devrait vraiment se décider demain.


C'était Pessoa, votre envoyé spécial en Lettonie.


En différé de Jurmala J'ai du temps libre, ici, puisque je ne compose pas. De temps en temps, je jette un coup d'oeil par dessus une épaule. Le trio roumain travaille à un « proca retractor en circé assassin » avec des prises en passant. Michel Caillaud promeut un pion en cinq pièces différentes (oui, cinq), entre la poire et le fromage. Je me tais et j'admire.

Jurmala riga 011Jurmala riga 024

La compétition reprend, tôt le matin. Oui, dix heures, c'est tôt, d'autant que j'ai laissé ma montre à l'heure française et que ça me fait donc une heure de moins.

On commence par les mats aidés. La rumeur prétend que c'est ma spécialité, sous prétexte que je suis responsable de cette rubrique dans la revue Phénix. Mais il ne faut pas prêter l'oreille aux rumeurs. Trois problèmes encore, mais avec deux solutions chacun. C'est beaucoup pour seulement cinquante minutes. J'écris mon nom sur ma copie, je précise que je note les coups en français et j'entreprends de placer les pièces sur mon échiquier. Soudain, Piotr Murdzia, qui était assis à mes côtés, se lève. Que se passe-t-il ? Rien, je n'ai pas commencé, lui a déjà fini.

Bref, je trouve un problème et demi (échouant sur « le plus facile, m'enfin Axel, tu ne l'as pas regardé ou quoi ? »). Ma contre-performance ne pénalisera pas l'équipe, Alain et Michel scorant la totalité des points (à chaque ronde, on compte le résultat des deux meilleurs de chaque pays).


Pause café, pas de sucre, mauvais présage. Suit un morceau de choix, les « multicoups », c'est-à-dire des problèmes en quatre coups ou plus. Une heure et vingt minutes. Je connais l'astuce : plus un problème est long, plus il est facile. Il faut le savoir. Je charge le six-coups et feu ! L'idée est presque simple mais l'ordre des coups subtil ; il s'agit de bien vérifier sa solution.
Une variante secondaire rapportait un demi-point, beaucoup vont l'oublier. Un championnat peut se jouer sur ces détails. Le cinq coups est assez linéaire, j'en viens aussi à bout. Je passe au problème en quatre coups, un monstre truffé de variantes. Impossible de s'en dépêtrer, en désespoir de cause je note une solution trop évidente pour être correcte. De fait, ça n'était pas le bon coup. Mes coéquipiers, une fois de plus, scorent le maximum de points.


Dernière ronde : les mats inverses, le juge de paix (cinquante minutes). Il s'agit de forcer les noirs à mater le roi blanc. N'importe quoi, hein ? Moi je n'y arrive jamais. Je ne suis pas assez masochiste, je pense. Bref, je passerai pudiquement sur mon résultat. Michel Caillaud est l'un des quelques cadors à tout trouver, y compris un inverse en cinq coup particulièrement velu.


Fin de championnat, il est temps de se relaxer, un tour au sauna pour se décongestionner la cervelle et voici les résultats. Russie, Allemagne et Pologne forment un podium assez classique. Nous sommes à quelques encâblures des Serbes et des Britanniques. Quel dommage ! Il n'y a rien de plus agréable, en sport, que de vaincre la Perfide Albion. Ce sera pour l'année prochaine, ou pour le tournoi des VI nations.


Piotr Murdzia (qui est le sosie d'Olivier Besancenot) est champion pour la quatrième fois, devant le redoutable Goergy Evseev (le n°1 au Elo des solutionnistes) et Michael Pfannkuche qui peut se lamenter d'avoir manqué la fameuses sous-variante du mat en six coups. Alain Villeneuve, treizième et meilleur français, devient l'un rares doubles-maîtres au monde : MI pour la partie et pour la résolution. Plus qu'à devenir compositeur pour compléter sa collection de titres. Michel a déjà fait mieux, moi-même je ferai mieux la prochaine fois.



C'était Pessoa, en léger différé de Jurmala, pour France-Echecs.


Flash de Jurmala Un petit mot pour vous donner quelques résultats bruts :

Le nouveau champion du monde de résolution de problèmes d'échecs est le Polonais Piotr Murdzia, qui a tout simplement tout résolu, comme le second, le Russe Evseïev qui a également tout résolu (le départage se fait au temps, et pour avoir été assis à côté de lui, je vous assure que Murdzia est TRES rapide - même pas eu le temps de copier).

Par équipe, la Russie devance l'Allemagne d'un cheveu.


Et nous autres ? Et bien la France obtient une belle sixième place. Alain Villeneuve obtient une superbe 13ème place, qui est peut-être synonyme de norme de GMI pour notre MI (pour la partie). Il devance quelques noms prestigieux, dont Michel Caillaud qui s'est bien repris aujourd'hui mais paie sa journée d'hier (aux alentours d ela 20ème place).

Nos amis roumains, de mémoire, sont onzièmes.


Et moi ? Bin, on va dire que la providence ne pouvait pas être avec moi tout le long. Performance d'aujourd'hui conforme à mon médiocre niveau, et je suis finalement 60ème et quelques. Mais je suis très satisfait, malgré, de cette première fois !


Plus de détails dans la soirée.


Solving show John Nunn remporte largement la finale. Ca le consolera de sa performance modeste au WCSC, il s'est cassé les dents sur les inverses, 6 points seulement ça fait du mal. L'équipe des lions britanniques (qui présentait trois GMI pour la partie, Nunn, Mestel et McNab) en a souffert, 5ème, c'est sûrement une déception.


le mot de Vlaicu


 

en long differe de Jurmala Ici l'equipe franco-roumaine (Vlaicu & Eric) qui vous salue! (Un bonjour special a Alain aussi)

Axel vous a tout raconte, donc on ne va pas le repeter. On va seulement dire a notre cher Monsieur Charpentier tout ce qu'il merite pour son p...ain de h#3 de l'Open !!! Mais entre quat'zyeux... il ne perd rien pour attendre.

Toutes nos felicitations aux solutionnistes francais, bien plus a l'aise que nous dans ce championnat.

Les problemes selectionnes par Milan nous ont paru un peu trop faciles - c'est pas parce que nous n'avons pas pu les resoudre qu'ils etaient difficiles, hein ! Le score de notre equipe (155 points) cette annee nous met a la 12eme place, alors que l'an dernier avec 150 points nous aurions ete champions du monde les doigts dans le nez.

Sans reveler les resultats du tournoi de composition Tzuica, dont nous venons de terminer le jugement dans un etat de fatigue extreme (c'est vrai, en plus, on se couche tard pendant un congres), disons que nos amis francais seront un peu decus, mais qu'ils auront aussi l'occasion de se rejouir. Les resultats seront rendus publics vendredi, esperons que l'envoye special Pessoa vous fera un compte-rendu complet apres le banquet de cloture. Beaucoup de problemes de Michel seront, sans aucun doute, recompensés.

Jurmala riga 039


le Solving Show par Pessoa


Hier à Jurmala (retour sur le solving show) Epreuve très spectaculaire que le solving show, qui a opposé les seize meilleurs solutionnistes du championnat en matches à élimination directe. Pas tout à fait les seize meilleurs, quelques-uns ont décliné l'invitation, dont le champion qu'on n'a pas vu de la soirée. De là à conclure qu'il avait fêté sa victoire à la polonaise, il y a un pas que je me garderai de franchir.



Le principe est simple : un mat en deux coups est affiché, les deux participants ont trois minutes pour donner la clé. On appuie sur un buzzer comme dans questions pour un champion, si la réponse est erronée, le point va à l'adversaire. Il y a une règle compliquée dans le cas où aucun des adversaires ne trouve, mais elle n'a pas beaucoup servi.

A ce petit jeu, il faut calculer juste, mais aussi avoir de l'intuition, voire le sens du bluff. Tenter, après dix secondes d'examen, le coup paradoxal, un sacrifice, un coup de dame dans un coin, ça marche bien souvent, pas toujours.

Certains joueurs cultivés reconnaissent un problème, ce qui ne suffit pas toujours pour se souvenir de la solution !

Beaucoup de problèmes légers ont été choisis, dont pas mal de français. Ca n'a pas aidé Alain à vaincre le redoutable John Nunn en quart de finale, mais il tombe avec les honneurs face au futur vainqueur.

A ce petit jeu, le plus impressionnant à mes yeux est Maryan Kovacevic. Dix ou vingt secondes lui suffisent en général à donner le coup-clé devant une assistance ébahie et hilare. Mais une chute de concentration en demi-finale face au russe Leontiev le prive de la finale.

Alors que la retransmission sur internet patine, Nunn règle la finale ; de quoi le consoler de sa performance décevante du matin.


Aujourd'hui, vacances, du moins pour ceux qui n'ont pas un jugement à rendre.

Jurmala riga 007Pour les autres, comme vous l'aurez compris dans le message de Vlaicu et Eric, c'était nuit blanche...


Pessoa, les yeux dans les bleus

Commentaires (1)

Alain
  • 1. Alain | 24/06/2018
Pessoa est trop gentil. De "norme de grand-maître", il n'y eut point, à un demi-point près. Bon, ayant toute ma vie raté la norme de MI (pour la partie) d'un demi-point, avant de décrocher finalement ce satané titre, c'est une nouvelle sensation de rater semblablement celle de GMI !

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